Quel lien faites-vous entre musique et politique ? Vaste Sujet... mais pour le dire vite : aucun. Je ne fais pas de lien entre musique et politique mais entre individu et politique. Ensuite, si cet individu
se trouve faire, lui ou elle, de la musique ou autre chose, c'est une autre affaire. C'est l'individu qui est politique, pas la musique ni les arts.
Entre rock et capitalisme ? Là aussi : absolument aucun lien. Mais
avant tout parce que la question ne se pose pas en ces termes. La force du marché, c'est bel et bien d'avoir explosé tous ces clivages. On ne parle que de produits et des résultats, le marché se
contre-fout de savoir si ses produits sont de gauche, de droite ou au centre. J'ai l'impression que la dernière fois qu'on a pu entendre des prises de position sérieuses en la matière, c'était au
début du Rap lorsque ICE-T tentait de responsabiliser des groupes comme Public Enemy sur le fait que, leur succès personnel, il n'en resterait rien politiquement si eux-mêmes, en tant
qu'individus, venaient à disparaître.
Ou peut être aussi le moment où Bill Cosby rachète CBS, mais c'est en gros la même époque et surtout un sujet encore plus vaste, là aussi. Le politique reste une affaire intime à mon sens, qui
commence avec soi-même et son entourage premier. Comment l'on se comporte, ce qu'on accepte, refuse, tolère ou pas. A partir de là, on fait des choix plus larges, ou pas. Là-dessus, la force du
marché, c'est d'annuler quelque rapport qui soit ou référence, ou réflexion, ou sentiment quant aux engagements et conséquences du produit. La réalité, elle aussi, est toujours plus diffuse,
complexe... je doute que tous les fans de Johnny Halliday soient gaullistes par exemple... La chanson dite « engagée » a-t-elle un sens aujourd'hui ? Il faut croire à un sérieux retour de cela, effectivement (voir Carla Bruni-Sarkozy dans le
Monde, cette semaine). Croyez-vous en nos élites politiques ? Je situe la croyance à un tout autre niveau, donc la question ne se pose pas. Un homme politique est un représentant, on le
mandate pour cela, on le juge ensuite sur ses résultats. Quant à savoir si "Les Politiques" nous inspirent confiance ou pas, je pense que les politiques sont des éponges de l'air du temps. Ils
n'inventent rien, ils fabriquent des sorte de compilations à partir des envies, besoins, désirs qui circulent autour d'eux. Un homme politique, c'est une représentation et pas tellement autre
chose : leur rôle, dans un premier temps, c'est d'accumuler le plus de sens commun possible pour se constituer des listes de sujets et à la toute fin, pouvoir proposer quelques orientations,
options, opinions... mais pas grand chose de plus. Êtes-vous démocrate ? J'imagine que oui. Vous sentez-vous de gauche ou de droite ? De gauche. Sans être pour autant très capable d'argumenter cela. Disons que je suis autant de gauche que je ne pourrai jamais
-jamais être de droite. Ce qui n'enlève rien aux paradoxes possibles qui font que des études politiques, sociologiques ou autres doivent pouvoir montrer des contradictions. La droite, et même si
je peux reconnaître à l'occasion de rares exceptions, ça reste toujours pour moi le "parti des cons". Je veux dire que lorsque je vois ou j'entend parler des gens comme Xavier Bertrand,
Jean-François Coppé ou Christine Lagarde, je sais que ce ne sera jamais possible de dépasser le stade des politesses minimales pour moi. Ce n'est certes pas très avancé comme raisonnement mais
enfin, voilà, c'est ainsi. Quelle a été votre évolution
d'un point de vue des idées politiques ? Assez réduite, je dois dire. Je suis né en 1968, donc j'ai grandi à un moment où la politique avait encore un autre sens, où le panel des idées me semblait plus
large. A une époque où les extrêmes (gauche mais droite aussi) étaient nettement plus poussées, avec des discours et des lignes qui ne s'excusaient pas. On a un peu oublié l'époque ou l'extrême
droite, en France, avait un visage (par exempleTixier-Vignancourt), où l'extrême gauche n'était pas Marie-George Buffet ou Besancenot mais : Moscou, Prague, Cuba, Krivine ou Marchais. Comme
je le disais au-dessus, les politiques sont des éponges et on a les moeurs qu'on a actuellement... le reste suit, c'est tout simple.
Y a-t-il un événement, un personnage, un livre, qui vous ait « éveillé » au / à la politique ? Je suis né dans une famille très politisée et de tous bords. Où on avait accès directement à des haut dignitaires du PC ex-yougoslave, à des lecteurs deMinuteet duCrapouillot, à des
Gaullistes mais aussi des Socialistes... bref, dès mon plus jeune âge, j'ai compris que les débats houleux du dimanche voulaient forcément dire : La Politique. Ensuite, je n'en savais trop rien
et j'ai fait mon propre chemin à force de lectures, d'écoutes, etc... Vers l'âge de dix ans, j'étais fasciné par Mao Tse Toung et Mai 68, tout en trouvant Giscard et Raymond Barre assez
intelligents, par exemple... Je ne suis en revanche pas du tout sensible à toute l'agitation Modem, depuis les dernières élections. Pour moi, le vote et la personne du Président actuel
s'apparente clairement à une régression totale de la société française ; là où je ne suis pas cohérent, sans doute, c'est que cette glissade je la dénonce depuis dix ans déjà et qu'en toute
logique, le vote Sarkozy est l'aboutissement de cette situation... En 2004, j'enregistre un album qui s'intitule "Cabaret Modern" et qui s'ouvre par une reprise un peu spéciale de "Maréchal Nous
Voilà" : c'est absolument dirigé contre ce qui se passera en mai 2007, c'est limpide que nous allons vers cela dès cette époque, pour moi. Et pourtant... les gens sont très lents à réagir, je
trouve. Depuis que les sondages sont mauvais, on matraque le Président, mais ce qui m'inquiète, c'est que cette facon de passer du panégyrique au jeu de massacre laisse voir que, bien évidemment,
dans peu de temps, on repassera en mode "Vive Sakozy".
Disons que je suis assez prêt à changer de nationalité et demander l'asile politique si ce président continue sur sa ligne. Depuis deux mois, par exemple, le ton de l'Elysée a un goût de Régime
de Vichy, sur la forme et les sujets, qui alerterait l'opinion international s'il s'agissait de n'importe quel autre pays dans le monde. Et c'est d'ailleurs le cas, ne serait-ce qu'en Europe,
lorsqu'on fait une revue de presse. Seulement, l'exception française étant ce qu'elle est, ce pays persiste à ignorer le reste du monde, ou du moins, à méconnaître profondément
l'autre. Quel regard portez-vous sur l'histoire de France ? Il y a un monde, précisément, entre l'Histoire et : Une Histoire. C'est même tout le problème actuel, en France, avec les
glissements et autres zappings mémoriels, communautaires,... présidentiels. Pour moi, l'histoire de France est un ensemble de faits et pas une épopée en cinémascope. Et d'abord, il n'y a pas
"l'Histoire de France" mais : des histoires de la France. C'est là aussi une foultitude de travaux, de visions, d'approches qui font une sorte de tout, de work in
progress. Que signifie être français, pour vous ? Ce n'est pas que le fait d'être justement Français ne vous oblige pas à y penser, mais enfin, il se trouve que je le suis et par
une histoire familiale assez peu française, en somme, pour ce qui concerne le sol et les territoires. Moi, j'ai tendance à penser que c'est précisément aussi cela, être français. Voire, que ça
vous oblige à un lien un petit plus profond ou plus complexe que celui que peuvent avoir des familles ancrées de toujours dans une région, un périmètre,... Si on devait parler de "liens", je me
dirais volontiers plus Parisien qu'autre chose. Parce que j' y suis né, que j' y ai grandi, marché, évolué... certes en tant que français mais pas seulement à ce titre. Cela m'étonne toujours de
constater à quel point les individus se déplaçaient énormément plus au 18ème siècle qu'actuellement, où l'on parcourt beaucoup plus de kilomètres mais sans jamais voyager, découvrir, ou même
s'installer pour un temps.
Si je tourne un peu autour du pot en ce qui concerne ma "francitude", c'est parce que cela fait plus de 15 ans que je voyage beaucoup (et je ne parle pas de déplacement, ici), que j'ai résidé à
plusieurs reprises "ailleurs" et que je vis l' étranger concrètement depuis plus de 7 ans maintenant. De toute façon, vivre au quotidien dans de multiples cultures vous transforme de telle
manière que je ne pense pas possible un retour à une quelconque appartenance mono-maniaque, ou nationale, unique. Je connais à peu près les programmes télé quotidiens dans au moins quatre pays
maintenant... par exemple.
Quelle est votre vision de la société de demain ? Je n'ai pas de vision particulière pour la simple et bonne raison que mes pratiques et mon quotidien sont de plus en plus détachés ou disons indépendants de pas mal
de choses de cette société. Je me sens tout à fait concerné par ce qui s'y passe mais, pour autant, j'ai depuis quelques années maintenant "mon monde" et ce monde ne passe pas forcément par les
règles, lois et autres contingences de la société actuelle. C'est assez concret, autant dans mon travail quotidien que dans mon mode de travail que j'ai volontairement détaché des aides, soutiens
et autres subventions directes. Du coup, je suis plus à regarder les évolutions qu'à les subir. Pourtant, je serais tout a fait prêt à m'engager publiquement, socialement, et je ne m'exclue pas
du tout de ce qui s'y passe : j'en suis seulement peu dépendant. Pour moi ce sont les faits, les oeuvres qui comptent avant tout. Ce que l'on pose, propose et pas du tout l'agitation ou la
représentation de cette agitation.
Quelle place pour quel humanisme ? La même que toujours, j'imagine... à savoir une sorte d'idéal, de voeu pieux en totale contradiction avec les pratiques de chacun au quotidien...
Pensez-vous que l'art infléchisse l'histoire ? L'Art, ou du moins
ce que j'entends par "l'Art", a tendance à réfléchir l'histoire, dans tous les sens du terme.
L'art dit, montre, souligne, hystérise,... à charge pour la société de savoir s'y entendre ou s'en inspirer. Votre regard, vos commentaires, sur l'actualité en France, en Europe, dans le monde. Je vis à l'étranger, donc. Ce n'est pas sans raisons politiques d'ailleurs, je voyage beaucoup et pas uniquement dans la CEE mais souvent
hors, justement... Mes sources d'information sont ainsi multiples et diverses, mes quotidiens aussi, et ça relativise ou réajuste pas mal de choses. La situation actuelle, en France, m'est assez
pénible, être Français à l'étranger avec un président pareil, c'est du même ordre que d'avoir été Américain sous George Bush. Pour beaucoup d'artistes, c'est très pesant, et ça nécessite souvent
de devoir expliquer ses propres positions. J'y suis sensible parce que Français, mais ceci dit, le fait de vivre à l'étranger permet aussi de ne plus passer tellement de temps à avoir ce
gouvernement - ni n'importe quel autre - sous les yeux et, au quotidien, c'est assez salutaire. [Noël Akchoté chez Winter & Winter] [ "La farce du Président", sur Skug.at ]
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