#2bis Noël Akchoté (suite)

Publié le par m_p

Quel sens cela a-t-il de se dire de gauche plutôt que de droite ? Ce positionnement recoupe-t-il celui des partis politiques français ?
Ce n'est pas parce que tout tend, depuis pas mal d'années maintenant (le marché, la communication, la globalisation, etc.), à ce que ce clivage gauche-droite soit anéanti qu’il n’existe plus. Au contraire, même, je trouve que cette ligne entre "de gauche" et "de droite" est actuellement plus forte que jamais. On peut tout à fait entrer dans le détail des partis, des propositions, des rhétoriques, etc. et souligner ici et là certain paradoxes, néanmoins, le clivage est bel et bien là pour moi. La droite persiste dans une vision verticale du monde (de 1 à 10, de bien à mal, de fort à faible, de moral à inacceptable, etc.) là où la gauche a une vision nettement plus horizontale des choses (d’est en ouest, de groupes en peuples, de droits, de lois, de régulation, protection, sociabilité). Je veux dire, sur le terrain, c’est pas compliqué de voir la différence entre Neuilly et Lille, par exemple. Depuis en gros le 11 septembre 2001, on est dans une période de changements radicaux donc de peurs, de craintes, d’angoisses, de crises, et donc de repli sur soi (chacun le sien, donc). Cela n’est pas que politique, c’est avant tout historique ; on voit d’ailleurs à quel point les corps politiques du monde sont absolument sans réelle prise sur les événements.
Les partis sont une chose ; ce sont déjà des groupes de militantismes, lorsqu’on vote à une élection, les encartés sont toujours très minoritaires, ce qui n’empêche personne de voter, de droite à gauche avec toutes les nuances possibles au milieu ou aux extrêmes. Sur ce clivage, par exemple, cela reste très instructif de voir comment de toujours (mais pour des raisons et des antécédents historiques très divers), la droite veut publiquement se désolidariser totalement de l’extrême droite, là où la gauche a quand même un lien fort et historique avec son extrême gauche. La droite, ça reste pour moi l’individualisme, le profit à tout prix, la performance, le combat, la lutte des classes, le paternalisme, la morale mal placée, bref une certaine hypocrisie et surtout des inégalités fondamentales. La droite même, en faisant tous les efforts du monde, ne pourra jamais accepter l’égalité de droit entre citoyens, ça va à l’encontre de ses valeurs fondatrices, à mon sens. La gauche peut souvent sembler confuse, ces dernières années, mais elle incarne encore le groupe, le collectif, la citoyenneté prise en compte et en charge au besoin, quitte à ce qu’elle se trimbale aussi des valeurs un peu catho-cul-béni…
De quoi parle-t-on ici ? Au-delà de ses convictions intimes et personnelles, on parle avant tout de choisir une vision du monde et de déléguer ses pouvoirs et droits à des représentants qui en feront le meilleur usage possible pour l’ensemble des citoyens. En tous cas, c’est avant tout de cela dont je parle, moi, ici. Et à ce titre, il n’y a aucune confusion de ma part : je veux autant que possible être gouverné par des gens de gauche. C’est aussi sans doute le signe des temps que d’oublier ce que les politiques de droite ont fait par le passé. Même si l’on peut de manière générale être critique ou dubitatif face aux politiques de tous bords, mais c’est une autre question. Il suffit à mon sens de ne pas donner aux politiques un pouvoir sur nos vies qu’ils n’ont pas en pratique. 

Le clivage gauche/droite tel qu'il peut apparaître dans les prises de positions des artistes n'est-il pas artificiel, conditionné ?
Bof... sincèrement, est-ce que l’avis des artistes influence qui que ce soit pour se faire une opinion ? Cela reste plutôt folklorique, l’engagement des artistes, c’est un avis parmi d’autres, certains sont assez bons pour exprimer leur sensibilité, d’autres franchement mauvais et sans grand intérêt. Cela dit, ça touche la droite comme la gauche. De Diams à Rodolphe Burger ou Brigitte Fontaine, de Michel Sardou à Faudel... Que les artistes s’expriment publiquement à divers titres, cela me semble important mais ça n’augure en rien de la teneur des propos ni de leur qualité ; je n’attends pas d’un artiste qu’il ait un avis aussi affirmé et précis que, par exemple, une chronique ou un éditorial d’Olivier Duhamel ou Marc Kravetz.

L'adoubement médiatique et social n'est-il pas devenu l'arbitre principal du dicible politique pour un musicien ?
Là encore : à chacun de prendre ses responsabilités, je dirais. Moi, je me sens très concerné par ce qui se passe en France actuellement. Et pour autant, par choix personnels faits depuis plus de dix ans, je n’en suis que très faiblement dépendant. Je ne suis pas intermittent pour un tas de raison, je ne suis pas aidé directement parce que je ne suis pas demandeur d’aides publiques directes, je ne suis ni ceci, ni cela parce que, d’expérience, j’ai entrevu très tôt les différentes modalités du système dans ce métier et que j’ai décidé pour moi-même ce qui semblait possible et ce qui ne l’était pas. J’entends rester relativement libre de mes choix, de mes mouvements, de ma façon de travailler, d’avancer, d’échanger et cela veut dire, dans mon cas, une certaine méfiance par rapport aux politiques publiques, qui me semblent faire rapidement des artistes des individus dépendants. C’est en cela que je retourne cette question et que j’affirme : non, non. C’est tout à fait possible de faire autrement, d’être cohérent, relativement autonome et de proposer justement à d’autres cette image en partage, comme un exemple possible parmi d’autres possibles. Que fait l’artiste si ce n’est proposer des "images de possibles" divers dans un monde donné ? Ce qui n’empêche en rien de faire aussi tout autrement, d’être un artiste soit commercial soit d’être soutenu par toutes sortes de politiques d’Etat. La seule chose qui m’importe, c’est qu’on ne mélange pas tout et n’importe quoi, que chacun assume pleinement sa position : ensuite, rien n’est un problème. Ce que je ne supporte pas, c’est le mensonge, comme lors des dernières élections où Sarkozy a fait une large partie de sa campagne sur des thèmes largement empruntés au Front National et à l’Extrême-Droite, mais en expliquant qu’il combattait les idées de tels partis. Le FN n’a pas diminué en France. Ce sont ses électeurs qui sont allés, pour partie, se fondre dans l’UMP. D’un autre côté, les idées fascistes présentées sans complexe ont même séduit d’autres électeurs. Cela n’est donc pas du tout une baisse des idées racistes et d’extrême droite mais au contraire une montée de celles-ci.

Que pensez-vous personnellement des propos de Fred Chichin parus dans Télérama ? Des postures indignées qu'ils ont provoqués ?
Fantastique, Superbe, Bravo... de toute façon, je me battrai toujours pour que les gens puissent s’exprimer, quitte à ce que je sois en désaccord total avec leur propos et au-delà des insultes. Il se trouve que la situation dont parlait Chichin, je la connais bien personnellement, celle de la France... Celle qui veut qu’on soit le pays des pays, la crème des crèmes, le seul au monde à savoir faire "Du Vin" et tout cela en buvant les pires piquettes qui soient dans les cafés ... avec un peuple qui, à 90%, doit pas faire la différence entre un Beaujolais et un Bordeaux... Il y a une constante en France (parmi d’autre) qui est entièrement exposée et détaillée dans la correspondance de Gustave Courbet (Gallimard) par exemple qui veut que l’Etat choisisse toujours le pire, et donc : les pires merdes en matière de culture. On a tendance à oublier que la majorité de nos "grand hommes" ont été emmerdés toute leur vie par l’establishment (de Derrida à Deleuze, de Baudrillard à Virilio), lequel ne supporte pas qu’on puisse faire autrement que ce qui se mijote dans les ministères. Ce qui est toujours très drôle lorsqu’on est un Français qui n’y vit plus, n’y travaille plus, c’est de voir le niveau et la teneur (grosse "Faiblitude"... ), des propos qu’on vous oppose en France. Dans plein de domaines, on est le champion par le bas, il n’y a qu’à regarder la presse musicale dans son ensemble : c’est à se pisser dessus... Ca tombe bien que la France soit le pays le plus visité par les touristes étrangers parce que, sans cela, à peu près rien n’en sortirait depuis au moins trente ans... c’est vraiment une image hilarante que de voir le président, américanophile au dernier stade, ne pas parler un mot d’anglais et être dans le fantasme intégral de cette culture nord-américaine qu'il ignore intégralement. Les Rita Mitsouko, à mon sens, c’est le seul et unique groupe de "Rock" français qui ait jamais existé. La France est le pays des chanteurs à texte, avec du très bon et du nettement moins bon aussi… Mais quelle était la phrase qui aurait dû selon toi me faire réagir ? J'ai juste survolé l’entretien, je connais un peu leur propos par ailleurs, je connais surtout assez bien cette génération qu'il y évoque, et dont je peux être légèrement nostalgique aussi. Je suis d’une époque beaucoup plus Choron, Topor, Sine, Reiser… que Christine Angot ou Michel Onfray. 

Même question pour ceux de Morissey.
Ouais… là aussi, il est grand le monsieur, il est adulte, responsable : à un moment, s’il dit des grosses conneries pas imaginables, il faut en face faire quelque chose. Je veux dire : d’un côté l’hyper médiatisation fait que n’importe quel bruit de chiottes en fin de nuit peut se retrouver en une le lendemain, sans décodage ou disons un minimum de balance entre la teneur du vomi et l’importance à lui donner. Ensuite, tout le monde sait que les artistes sont des gens hystériques, excessifs, qui se chargent pas mal et aiment rien tant que de pisser là où il faut pas… ça plus une nuit longue et très arrosée devant des médias en demande... et voilà... Est ce que les fans de Morissey l’adulent pour ses chansons ou pour ses livres de sociologie du Darwinisme ? Mais au public aussi d’être responsable. Moi, j’ai une libraire en bas de chez moi qui s’affichait avec le pins du Front National : la première fois que je l’ai vue avec, une fois arrivé à la caisse les mains pleines de revues, j'ai tout posé et lui ai dit que ses opinions n’étaient pas les miennes et qu’à ce titre, je n’irai plus chez elle acheter quoi que ce soit. Sans aller jusqu’à ce que la liberté d’expression veut dire aux USA, je pense qu’il est important que les gens disent ce qu'ils ont à dire, même lorsqu’on est contre, ça permet au moins de connaître ses ennemis dans le texte. Moi, je m’exprime souvent de différentes manières, publiquement et régulièrement. Comme par exemple dans
la revue Skug où j’écris sur divers sujet depuis 8 ans. 

Les musiques dites "engagées" (nées d'un message politique, jazz, reggae, jazz, rap...) font-elles encore sens aujourd'hui ?
Aucune musique ne naît d’un message engagé : elle le soutient, le véhicule, le colporte mais en aucun cas c’est le message qui véritablement invente la musique. Disons que la musique est "l’occasion de" plutôt… mais pas tellement plus. Si les chansons de Manu Chao avaient des paroles à la Henri Salvador époque Juanita Banana, ça collerait tout aussi bien, je pense… ça reste un fantasme et une valeur ajoutée que ces histoires de musiques engagées. Même les chœurs de l’armée rouge ou les opéras maoïstes à l’époque… je suis sûr que si les types avaient eu le droit de jouer autre chose, ils ne se seraient pas fait prier. Prenons un autre exemple : la musique militaire. Ceux qui la jouent – l’exécutent, plutôt - sont effectivement engagés, mais par l’armée, pour ce faire…
 

Quels sont les artistes que vous appréciez dont on peut dire qu'ils portent une vision politique ?
Brigitte Fontaine, Friedrich Nietzsche, John Fahey, D.A.F.de Sade, Rabelais, Saint-Augustin, Philippe Sollers, Jean-Edern Hallier, Jean-Louis Costes, Jacques Lacan, Francis Marmande, Derek Bailey, Serge Gainsbourg, Jack Lang, Jean Eustache, Georges Bernier, etc.
 

Vos convictions sont-elles partagées par votre entourage ?
Je ne demande pas à mon entourage de partager mes convictions, juste de les respecter autant que je respecte les leurs. Même si je peux être de très mauvaise foi, à l’occasion, je sais aussi très bien mettre des nuances si nécessaire.
Par exemple, quand je dis de la droite que ça restera toujours pour moi le parti des cons (NDR : voir la 1ère partie de l'entretien), je sais ce que je dis, où et comment. Dans un autre cadre, je saurais nuancer cela, tout en soutenant ce que j’entend par là. Il s’agit là encore de certaines réactions, pas nécessairement réfléchies mais plutôt instinctives, et que je ne crois pas devoir raisonner plus que ça dans une telle situation. Je veux dire que de voir, comme il y a peu, des jeunes gens de 20 ans être militants convaincus à l’UMP derrière Sarkozy, ça reste pour moi quelque chose de difficile à accepter. Mon entourage, bon, c’est pas une surprise que de s’imaginer qu’on partage un certain nombre d’idées, mais ça ne nécessite pas du tout une adhésion radicale et totale à ce que je pense. Ensuite, chacun ses manières de réfléchir, de réagir… Pour moi, parfois, prendre en grippe certaines personnes ou certaines idées, c’est avant tout l’occasion de m’y confronter, d’y réfléchir, d’aller plus loin que ce qui me semble être le degré zéro de la pensée (mais très à la mode sur le marché), à savoir le "j’aime / j’aime pas".  

Vous est-il arrivé d'avoir des désaccords politiques significatifs avec d'autres musiciens ?
Non… pas que je me souvienne, ou plutôt, jamais frontalement parce qu’il est rare que des artistes soient militants au point d’afficher certaines couleurs politiques qui ne seraient pas consensuelles dans ces milieux donc "de gauche". Là, par contre, je rejoins votre propos sur un certain flou des appartenances sur l’échiquier des partis, c’est-à-dire que dans le concret, il y a des zones d’ombre des deux côtés. Ce qui par contre m’arrive plus souvent, c’est de lever les paradoxes, ou les non-dits, et il y en a pas mal…  Pour moi, au mieux, l’artiste n’est pas politique au sens gauche-droite : pour un tas de raisons trop longues à détailler ici mais qui tiennent à la nature des pratiques artistiques (par exemple, faire des gammes et des exercices pendant des heures, ça reste assez conservateur comme pratique, approche, etc.), l’artiste serait plutôt "aristocratique" dans sa version "réussie"… L’artiste a quand même une fonction dans la société qui est celle de concentrer toutes les "folies". Lui le peut parce que c’est sa pratique et qu’il a beaucoup moins de chance d’y sombrer (et si c’est le cas, on pourra toujours dire que ce sont les risques du métier), là où le citoyen a pas mal à perdre. Je pense à cette anecdote de Picasso sous l’occupation, escorté par deux soldats de la Waffen SS devant son œuvre Guernica, qui lui demandent : « C’est vous qui avez fait ça ? » et Picasso de répondre : « Non, c’est vous ! ». 

Au même titre que l'homme de lettres a (par le passé, surtout ?) infléchi le débat d'idées, notamment politiques, "l'homme de sons" doit-il s'exposer hors de son œuvre ?
Alors la très très vaste sujet, question, débat… D’abord, la formulation induit que nous soyons en France, où les Lettres, c’est "tout". En France, tout ce qui doit compter sera forcé de passer par des écrits (de Lacan aux politiques, des présentateurs télé aux starlettes, des sportifs aux cinéastes, point de salut sans écrits, fussent-ils produits par d’autres que vous). Un artiste, pour moi, ça ne se définit que d’une seule manière : une Œuvre. Le reste m’importe peu… Un artiste, c’est le véhicule d’une œuvre, voire son géniteur (et encore je suis tiède sur ce terme), disons que la seule chose à "Parler" là-dedans, c’est l’Œuvre. On fait un corpus d’œuvres, qui ont un sens, signifient des choses diverses mais précises, fortes, intenses, intérieures, politiques au besoin, sociales certainement, etc. En cela, l’homme de sons, sauf à se définir lui-même comme simple entertainer (amuseur public, etc.) n’en est pas plus exempt que les autres. Mais ça n’est certainement pas en voulant faire dans le politique, le "à message" ou la revendication qu’on produit des œuvres politiques au sens où je l’entend. Pour qu’une œuvre ait les moyens d’être vraiment politique, qu’elle bouscule et change les choses, il faut nécessairement qu’elle soit à l’abri de son temps. Cela peut sembler paradoxal, mais pas de contemporanéité sans isolement, à mon sens. Pour voir les choses, il faut être à bonne distance et surtout pas sujet de son temps. 

Plutôt que de prendre parti, l'artiste n'a-t-il pas le devoir de proposer une vision qui va au-delà des étiquettes partisanes auxquelles confine la séparation gauche/droite présentée par les élites médiatiques et politiques ?
Cela n’a pas grand chose à voir, en réalité, que de proposer une "Vision du Monde" lorsque c’est un artiste qui le fait par son oeuvre et lorsque c’est un politique qui l’exprime dans une campagne ou un meeting. Je ne sais pas, c’est une évidence quand même, je crois. D’ailleurs, la façon même de prendre parti dans une œuvre et lors d’un entretien, même si c’est le même artiste, la portée, la valeur du propos ne sont tout simplement pas de même nature. Une fois de plus, si l’on retourne la question, qu’un politique donne son avis, ses goûts en terme d’art, ça reste tout à fait accessoire (c’est d’ailleurs tout le dérapage de l’actuel Président, de ses convictions personnelles qui n’ont rien à faire avec la place d'un chef d'état de cette facon, en tous cas ). Je ne sais pas… pour le dire vite, si ma bouchère préfère Jean Nouvel à Christo, c’est son affaire, moi je viens chez elle pour la qualité de ses viandes, de ses services, etc.
 

A force d'être une "contre-culture", le rock n'a-t-il pas fini pas devenir une sous-culture, une non-culture ?
Cela pose surtout la question du Rock en 2008… Il y a des gens de grand talent pour considérer que le Rock commence vers 1957 et s’arrête définitivement en 1962… Je peux tout à fait comprendre ce qu’ils veulent dire. Non, le fond du problème, dans cette question, se situe sur le terme culture. Pour moi, quasiment par définition, il n’y a pas de "sous-culture", c’est la nature du terme "Kultur" que d’englober toutes ces choses. C’est un terme qui définit avant tout une pratique, un flux, des produits en circulation, que l’on assure dans une société donnée, la bonne circulation des items culturels, leur bonne et juste diffusion, fluidité, etc. Cela ne dit strictement rien en revanche sur la nature des objets culturels. La culture, c’est du politique en soi, c’est de la diffusion, de la pédagogie, ça n’a rien à voir avec une pratique artistique (même si ça joue aux marges souvent mais par défaut, plutôt). D’ailleurs, c’est l’erreur qu’on fait toujours, en pensant qu’Art et Culture sont liés. La culture ne produit aucun art, elle génère éventuellement des produits culturels. Il se peut d’ailleurs qu’une œuvre d’art soit un produit culturel à la fois : ça n’empêche pas, ça n’a juste aucun rapport de cause à effet. Une œuvre d’art peut très bien ne pas être publiée, visible, audible, des siècles durant, ça n’altère en rien sa nature, la portée de son message. Alors qu’un objet culturel n’existe que par sa mise en circulation, sa diffusion, sa visibilité. D’ailleurs, historiquement, la part des œuvres posthumes de ce que nous considérons être notre patrimoine d’œuvres majeures est d’au moins 50 %, si ce n’est plus. Dans ce cas précis, le Rock est dès le départ une forme populaire, fonctionnelle, de danse, de consommation immédiate, sans plus d’arrière-pensée. Si par la suite elle a ouvert à d’autres choses plus complexes, marginales ou expérimentales, à mon sens, ça ne bouleverse pas sa nature pour autant. Chaque forme a son cadre, son adresse, son public, ses codes, ont peut très bien utiliser des formes différentes pour dire des choses de portée différente. Par exemple, une des choses qui constitue le cinéma, c’est la salle de cinéma. C’est le fait qu’on projette un film devant un public, une agora, donc aussi le même film pour une somme d’individus différents, mais regroupés pour l’occasion dans un unique lieu : une salle de cinéma. A partir du moment où chacun, seul, va télécharger des images, des films, diverses choses sur Internet, mais qu’on n’a plus cette réunion (union) par le lieu, je ne considère plus cela comme du cinéma, cette pratique est tout aussi intéressante, éventuellement, mais elle est d’une autre nature.

 

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m_p 23/04/2008 09:14

D'aucuns disent aussi qu'il s'agit d'Otto Abetz, Nebo...

Nebo 22/04/2008 21:13


"Je pense à cette anecdote de Picasso sous l’occupation, escorté par deux soldats de la Waffen SS devant son œuvre Guernica, qui lui demandent : « C’est vous qui avez fait ça ? » et Picasso de répondre : « Non, c’est vous ! ». "Une précision qui a son importance. Cette anecdote c'est, en fait, Ernst Jünger qui rend visite à Picasso et voyant "Guernica" dans son atelier il lui demande si c'est lui qui a fait ça et l'autre de lui répondre "non c'est vous !"Ernst Jünger qui passe aujourd'hui largement pour un fasciste encore, mais que Picasso ou Cocteau recevaient et appréciaient. 

m_p 04/04/2008 20:41

Cher Noël, un petit commentaire rapide, sur un détail : l'épisode avec
la libraire. Je ne comprends pas vraiment ta réaction. A propos de ta
bouchère, tu dis à juste titre que tu viens chez elle pour la qualité
de sa viande, et le reste, basta... n'est-ce pas la même chose avec les
livres ? Répondre à son pin's, ne serait-ce pas plutôt prendre trois
minutes pour se confronter à ses (éventuels) arguments, son point de
vue ? Cette fin de non recevoir que tu lui opposes, à mon sens, ne peut avoir d'autre effet que de
l'affermir dans ses convictions. Qu'en pense ta boulangère ? ;-)