Quel lien faites-vous entre musique et politique ? Entre rock et capitalisme ?
Je me suis souvent demandé si l'artiste pouvait, à travers sa musique ou ses textes, avoir un rôle politique. En interpellant son public, ou les personnalités publiques, en témoignant d’une réalité sociale ou d’événements vécus ? En donnant des concerts de soutien ? En s'affichant avec des personnalités politiques ?
En me posant à nouveau ces questions, je n'arrive pas à me défaire d'un visage, celui de la star de la
"protest song", le vieux Bob. La célébrité de Dylan est passée par l’expression d’un ressenti commun à toute une génération sur fond idéologique assez flou. Scorsese montre assez bien dans "No
Direction Home" comment Dylan surfe sur l'effet politique, sur l'appartenance à une génération, plus ou moins consciemment, pour le plus grand bonheur de maisons de disques et d'agents. Face à
lui, le public y croit, se retrouve dans ses messages, et pourtant, Dylan a beau monter sur scène au Greenwich Village pendant que Joan Baez chante à Hanoï, il se dit profondément apolitique.
Mais il incarne le message, il incarne une révolte, à travers ses "protest songs" qui perpétuent un héritage, celui que cultive aussi Johnny Cash dans l'ombre, celui des bluesmen, celui des
esclaves et des fermiers, celui des pauvres. Tout se transforme, tout se recycle.
Mais on ne peut pas nier que Bob Dylan est le porte-voix d'une génération, d'une protestation, dans une forme musicale : la folk song. Aujourd'hui, je crois que seuls les rappeurs sont
crédibles dans cet effet porte-voix. En France, la Rumeur est à ce titre un exemple frappant car réellement engagé dans une recherche, dans un débat fracassant avec le politique. A tel point
qu'ils font face à des procès à répétition.
Sinon, il y a des artistes comme Jean-Louis Costes, qui mettent en relation politique et musique à travers des albums conceptuels et dérangeants puisque
brossant à contre-poil. Le terme "politiquement (in)correct" n'a pas été
inventé pour rien, mais il a pourtant plus de prise avec la réalité anglo-saxonne. En France, il y a Costes, donc. Il avait justement sorti un disque radical sur le groupe de Rap NTM, qui
montrait la perversité du succès et des discours engagés. Je ne parlerai pas du punk, qui est pour moi un vaste sujet d'engueulade. Une bonne idée, là aussi avec des travers évidents.
Je crois que la pop (et donc l'anti-pop) entretient un rapport permanent, ambigu avec le capitalisme. Aujourd'hui beaucoup de jeunes artistes se dirigent vers la musique avec l'envie plus ou mois
assumée de se stariser, de réussir, de devenir un produit, ce qui peut donner aussi un angle surprenant à notre questionnement : la liberté de l'artiste est-elle liée à son succès ou à ses choix
idéologiques ?
Généralement, intégrité artistique et philosophie politique ne font pas bon ménage avec le succès.
Tout ceci a notamment généré depuis quelques décennies un clivage dans l'industrie musicale, indépendant / major, qu'il est difficle de bien assimiler tant des indépendants se comportent parfois
comme des majors. La seule différence étant que des filiales du même groupe ne participent pas à la fabrication et distribution d'armes dans le monde, par exemple.
Cela a engendré des réactions exemplaires à la fin des années 80, notamment en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada, où des artisans du rock firent des choix partisans dans leur façon de produire de la musique, de la diffuser. Ainsi des labels comme Constellation, Dischord, des artistes comme The Ex privilégient la diffusion d'une scène locale, où les disques sont parfois assemblés à la main, dans l'idée d'une coopérative artistique, qui a mon sens est une forme d'engagement, qui offre une alternative au côté capitaliste, industriel de la musique. Bien entendu d'innombrables labels inconnus, dont le mien, mênent une action de la même ampleur dans chaque coin de l'Europe, d'Asie et d'ailleurs, mais je cite volontairement deux exemples nord-américains et un exemple Européen, assez emblématiques, car entrant eux aussi dans une logique commerciale (on retrouve leurs productions dans les grandes chaînes de magasins dans le monde entier). Je vois là une forme de politisation de la musique, justement, face aux effets dévastateurs de la globalisation, du boursicotage et du capitalisme. Il s'agit pour moi de la seule réelle dimension politique que peut prendre la musique, au-delà de l'effet de la posture ou de soutien à une cause. Dans ce cadre les benefit gigs, concerts de soutien témoignent d'une implication d'ampleur économique pour des causes, qui généralement sont apolitiques mais visent à aider des associations, soutenir des minorités, militer contre des guerres. N’est-ce pas en soi une façon de mener une action politique ?
Pour moi l’engagement ne passe malheureusement pas par les mots mais par l’action. Il ne s’agit pas de chanter des textes engagés, mais plutôt de faire ce que l’on pourrait chanter.
Croyez-vous en nos élites politiques ?
Soyons réalistes, il s’agit d’un permanent compromis. Il y a là aussi des enjeux électoraux dans le rapport
musique-politique, il n’est pas rare de voir se construire des salles de concerts avant une échéance électorale… Au niveau international, on sent bien un équilibre fragile des blocs, rien de
brillant, et la géopolitique anéantit toute prétention d'intervention du monde de l'art dans tout ça. Je ne trouve pas nos politiques très différents de nos stars, mêmes syndromes égotiques, même
cirque, mêmes monopoles médiatiques.
Les gens de l'ombre qui travaillent dur, travailleurs sociaux, associations trouvent sûrement leur correspondance dans des artistes dits underground…
Don Quichotte.
Êtes-vous démocrate ?
Oui.
Vous sentez-vous de gauche ou de droite ?
Niet.
Votre regard, vos commentaires, sur l'actualité en France, en Europe, dans le monde.
Je ne peux pas m'empêcher de parler d'Obama. Toute la communauté artistique américaine le soutenait, donc
nombre d'amis, et effectivement il a réussi à séduire l'électorat américain mais également les Européens, les Africains…
c'est assez intéressant de voir pour le coup à quel point le milieu musical, des stars interplanétaires (Madonna) aux artistes indépendants ont pris parti et ont alimenté la campagne. Il est allé
très loin, sur la simple base d'une rigueur, d'un métissage afro-américain, il a réussi un tour de force poignant. C'est une victoire. Maintenant, il reste un président Etats-Unien, avec Colin
Powell qui traîne dans son giron. Je suis un peu méfiant tout de même, gageons qu'il ne déçoive pas et fasse preuve de beaucoup d'audace. J'ai vécu aux USA pendant mon enfance, ai assisté à la
longest Walk à
Washington DC en 1978, où jouaient de nombreux artistes. Tout cela m'intéresse profondément, d'autant plus que c'est un pays qui cristallise pour moi le rapport musique / politique.
Je crois aussi que la différence de culture change le rapport musique / politique, ici en France. Nous avons bien la fête de l'Huma, et quelques sauteries de partis politiques en mal d'image, mais il n'y a jamais une imbrication aussi forte des deux domaines. Sarkozy (notre président américain) a tenté ce truc-là avant son élection... et qui sait, peut-être même dans le choix de sa nouvelle épouse ! mais on voit bien qu'il est dans la mimique, dans le gimmick, dans l'imitation, je ne vois rien de culturel là-dedans. C'est assez moche. A la cour du roi, les troubadours servaient de déco, pas de porte-paroles. Toutefois, les plus engagés aidaient parfois à faire avancer les mentalités. On reste proche de ça…
[ Don Nino Myspace ]
myspace.encore.ca aussi
arrêtez de fermer les yeux. oui démocratie monspace moncul
Ce que ne dit pas Don Nino, parce que c'est un type bien, c'est que l'indépendance, "l'underground", l'action et l'engagement ont un écho et deviennent une force lorsqu'il y a du talent derrière, et plus bêtement, lorsque la musique est bonne. De Bob Dylan à Prohibited Records, il y a ce lien évident, celui du talent.
Les critiques de Myspace (et de tout le reste) ne font que montrer cela. La musique, et l'art en général, est antérieure aux outils de communication, aux outils de fabrication, antérieure à tout. Chacun est libre d'utiliser les outils, mais l'origine et la finalité sont ailleurs. La musique a un echo que si elle rebondi sur quelque chose. La politique commence avec le sensible, le même "sensible" que celui que touche la musique (l'art en général). Ce n'est pas l'artiste qui décide de l'écho de sa musique.
Sans comprendre vraiment ce que veut dire ce "arrêtez de fermer les yeux. oui démocratie monspace moncul", je dirai juste que la démocratie dans l'art, myspace ou non, ça n'existe pas. Plus encore, ça ne veut absolument rien dire.
Je serais d'avis à renommer ce blog "bonne musique_polique" ! ha ha
quand je parle de démocratie (démocratie des médias de communication, de création accessible (myspace et son discours, etc...moi je sens le gouffre que cela opère envers les futures générations de musiciens..parce que c'est le sens critique des individus, l'image, la place de la création et des langages individuels qui est en jeu, des individus et non pas d'une diffusion marchande qui n'a aucun intérêt. bob dylan lui a su imposé son langage dans une amérique qui nous est déjà postérieure... parce que les noms aujourd'hui sont distribués, sous des banières publicitaires. . parceque les contenus des pages, l'essence de la musique diffusée sur ces sites n'est que prétexte à l'affichage des publicitaires. pas de contenu, non que des consommateurs. voilà ce que je veux dire par "fermer les yeux". qui peut exhiber son visage sur myspace, avoir en ami guy debord, nietzche ,etc...qui a le mauvais goût absolu, cette dérision malsaine pour créer une page myspace sous le nom de guy debord!c'est une grosse erreur de DISCOURS. et il ne peut y avoir de discours, de parole, de pensée sous myspace...parce que cette entreprise détient le droit ABSOLU de censurer les diffusions, etc...my space non ce n'est pas de la communication, c'est de la publicité...des promoteurs qui n'ont aucune estime pour les musiciens, chaque artiste a le choix de refuser un système comme celui ci, j'aime les artistes qui refusent ce système, je réagis seulement à ce blog qui occulte cette question et je ne tiens pas à m'attarder sur ce point parceque c'est impossible de cette façon... continuez à utiliser myspace, murdoch aime le pétrole....et quand il n'y aura plus de pétrole il n'y aura plus de disques, ......mais la musique se vendra toujours et surtout sur myspace...alors travaillez pour lui...
il me semble que TOUT internet fonctionne sur les principes - et les financements - évoqués par 'etienne'. N'as tu pas le sentiment, cher etienne, que l'industrie du cinéma continue de presser le citron Dylan par exemple? ça ne t'empêche pas de dormir?
Sell your computeur, man. O:)=
;/ }
le rapport c'est que tout en bas de l'article le premier lien c'est vers myspace... ca me fait réagir, bien plus que le contenu de l'article..
alors tout fonctionne sur ce principe...sur internet...peut être...mais on peut réagir sur cette situation? je n'ai pas vu le film sur dylan et ca ne m'interesse pas..on parle d'art, de cinéma... vous, vous parlez encore d'industrie, pas de cinéma.d'autres choses m'aident à trouver un sommeil bien paisible mais ce n'est pas le sujet du blog?
ou alors vivre sans. ce qui est possible.
je n'ai pas du tout envie de parler de myspace, peut etre qu'un autre
(costes? o.lamm? ou encore d'autre s'y colleront,)
moi j'ai décidé que non. mais tu as raison de rappeler le danger qui règne dans cette forme de standardisation des artistes, à travers des sites difficle à personnaliser, pour le plus grand bénéfice - surement- de gens qui se foutent de l'art et de la musique telle qu'elle me parle.
et visiblement on partage cette vision. Mais si tu prends la peine de regarde mes sites tu y verras une certaine rigueur.
saludos