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Mardi 18 novembre 2008

Quel lien faites-vous entre musique et politique ? Entre rock et capitalisme ?

Je me suis souvent demandé si l'artiste pouvait, à travers sa musique ou ses textes, avoir un rôle politique. En interpellant son public, ou les personnalités publiques, en témoignant d’une réalité sociale ou d’événements vécus ? En donnant des concerts de soutien ? En s'affichant avec des personnalités politiques ?

En me posant à nouveau ces questions, je n'arrive pas à me défaire d'un visage, celui de la star de la "protest song", le vieux Bob. La célébrité de Dylan est passée par l’expression d’un ressenti commun à toute une génération sur fond idéologique assez flou. Scorsese montre assez bien dans "No Direction Home" comment Dylan surfe sur l'effet politique, sur l'appartenance à une génération, plus ou moins consciemment, pour le plus grand bonheur de maisons de disques et d'agents. Face à lui, le public y croit, se retrouve dans ses messages, et pourtant, Dylan a beau monter sur scène au Greenwich Village pendant que Joan Baez chante à Hanoï, il se dit profondément apolitique. Mais il incarne le message, il incarne une révolte, à travers ses "protest songs" qui perpétuent un héritage, celui que cultive aussi Johnny Cash dans l'ombre, celui des bluesmen, celui des esclaves et des fermiers, celui des pauvres. Tout se transforme, tout se recycle.
Mais on ne peut pas nier que Bob Dylan est le porte-voix d'une génération, d'une protestation, dans une forme musicale : la folk song. Aujourd'hui, je crois que seuls les rappeurs sont crédibles dans cet effet porte-voix. En France, la Rumeur est à ce titre un exemple frappant car réellement engagé dans une recherche, dans un débat fracassant avec le politique. A tel point qu'ils font face à des procès à répétition.

Sinon, il y a des artistes comme Jean-Louis Costes, qui mettent en relation politique et musique à travers des albums conceptuels et dérangeants puisque brossant à contre-poil. Le terme "politiquement (in)correct" n'a pas été inventé pour rien, mais il a pourtant plus de prise avec la réalité anglo-saxonne. En France, il y a Costes, donc. Il avait justement sorti un disque radical sur le groupe de Rap NTM, qui montrait la perversité du succès et des discours engagés. Je ne parlerai pas du punk, qui est pour moi un vaste sujet d'engueulade. Une bonne idée, là aussi avec des travers évidents.
Je crois que la pop (et donc l'anti-pop) entretient un rapport permanent, ambigu avec le capitalisme. Aujourd'hui beaucoup de jeunes artistes se dirigent vers la musique avec l'envie plus ou mois assumée de se stariser, de réussir, de devenir un produit, ce qui peut donner aussi un angle surprenant à notre questionnement : la liberté de l'artiste est-elle liée à son succès ou à ses choix idéologiques ?
Généralement, intégrité artistique et philosophie politique ne font pas bon ménage avec le succès.
Tout ceci a notamment généré depuis quelques décennies un clivage dans l'industrie musicale, indépendant / major, qu'il est difficle de bien assimiler tant des indépendants se comportent parfois comme des majors. La seule différence étant que des filiales du même groupe ne participent pas à la fabrication et distribution d'armes dans le monde, par exemple.

Cela a engendré des réactions exemplaires à la fin des années 80, notamment en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada, où des artisans du rock firent des choix partisans dans leur façon de produire de la musique, de la diffuser. Ainsi des labels comme Constellation, Dischord, des artistes comme The Ex privilégient la diffusion d'une scène locale, où les disques sont parfois assemblés à la main, dans l'idée d'une coopérative artistique, qui a mon sens est une forme d'engagement, qui offre une alternative au côté capitaliste, industriel de la musique. Bien entendu d'innombrables labels inconnus, dont le mien, mênent une action de la même ampleur dans chaque coin de l'Europe, d'Asie et d'ailleurs, mais je cite volontairement deux exemples nord-américains et un exemple Européen, assez emblématiques, car entrant eux aussi dans une logique commerciale (on retrouve leurs productions dans les grandes chaînes de magasins dans le monde entier). Je vois là une forme de politisation de la musique, justement, face aux effets dévastateurs de la globalisation, du boursicotage et du capitalisme. Il s'agit pour moi de la seule réelle dimension politique que peut prendre la musique, au-delà de l'effet de la posture ou de soutien à une cause. Dans ce cadre les benefit gigs, concerts de soutien témoignent d'une implication d'ampleur économique pour des causes, qui généralement sont apolitiques mais visent à aider des associations, soutenir des minorités, militer contre des guerres. N’est-ce pas en soi une façon de mener une action politique ?

Pour moi l’engagement ne passe malheureusement pas par les mots mais par l’action. Il ne s’agit pas de chanter des textes engagés, mais plutôt de faire ce que l’on pourrait chanter.


Croyez-vous en nos élites politiques ?

Soyons réalistes, il s’agit d’un permanent compromis. Il y a là aussi des enjeux électoraux dans le rapport musique-politique, il n’est pas rare de voir se construire des salles de concerts avant une échéance électorale… Au niveau international, on sent bien un équilibre fragile des blocs, rien de brillant, et la géopolitique anéantit toute prétention d'intervention du monde de l'art dans tout ça. Je ne trouve pas nos politiques très différents de nos stars, mêmes syndromes égotiques, même cirque, mêmes monopoles médiatiques.
Les gens de l'ombre qui travaillent dur, travailleurs sociaux, associations trouvent sûrement leur correspondance dans des artistes dits underground…

Don Quichotte.


Êtes-vous démocrate ?

Oui.


Vous sentez-vous de gauche ou de droite ?

Niet.


Votre regard, vos commentaires, sur l'actualité en France, en Europe, dans le monde.

Je ne peux pas m'empêcher de parler d'Obama. Toute la communauté artistique américaine le soutenait, donc nombre d'amis, et effectivement il a réussi à séduire l'électorat américain mais également les Européens, les Africains…
c'est assez intéressant de voir pour le coup à quel point le milieu musical, des stars interplanétaires (Madonna) aux artistes indépendants ont pris parti et ont alimenté la campagne. Il est allé très loin, sur la simple base d'une rigueur, d'un métissage afro-américain, il a réussi un tour de force poignant. C'est une victoire. Maintenant, il reste un président Etats-Unien, avec Colin Powell qui traîne dans son giron. Je suis un peu méfiant tout de même, gageons qu'il ne déçoive pas et fasse preuve de beaucoup d'audace. J'ai vécu aux USA pendant mon enfance, ai assisté à la longest Walk à Washington DC en 1978, où jouaient de nombreux artistes. Tout cela m'intéresse profondément, d'autant plus que c'est un pays qui cristallise pour moi le rapport musique / politique.

Je crois aussi que la différence de culture change le rapport musique / politique, ici en France. Nous avons bien la fête de l'Huma, et quelques sauteries de partis politiques en mal d'image, mais il n'y a jamais une imbrication aussi forte des deux domaines. Sarkozy (notre président américain) a tenté ce truc-là avant son élection... et qui sait, peut-être même dans le choix de sa nouvelle épouse ! mais on voit bien qu'il est dans la mimique, dans le gimmick, dans l'imitation, je ne vois rien de culturel là-dedans. C'est assez moche. A la cour du roi, les troubadours servaient de déco, pas de porte-paroles. Toutefois, les plus engagés aidaient parfois à faire avancer les mentalités. On reste proche de ça…




[ Don Nino Myspace ]

[ Don Nino Prohibited  ]


Par m_p
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