À l'heure des euphémismes, des paraphrases qui érodent le réel, de la novlangue, de la toute-puissance médiatique et du
« politiquement correct » qui en découle, il pourrait être salutaire, pour ceux qui les apprécient, que les artistes tentent de mettre les choses au point, au lieu de les
laisser aller au pas.
On sait combien s'exposer hors de son art peut être délicat. Ne pas le faire peut être bien confortable. Comment ne pas se trouver
piégé dans le non-dit, le silence, le flou artistique, la prudente réserve ? Comment ne pas rester figé dans l'expression ponctuelle d'une pensée en mouvement, d'un discours, d'un
tâtonnement réflexif ?
À droite, un homme de gauche devient rapidement un gauchiste ; à gauche, un homme de droite peut rapidement devenir un
facho... La simplification et la réduction de l'autre à un cliché esquissent un monde de cibles à abattre.
Récemment, il y eut les propos sans concession de Fred
Chichin, interviewé par Télérama quelques mois avant son décès. On entendit quelques dents grincer. Outre-Manche, Morissey ne mâche pas non plus ses mots et le NME se fait une joie de jouer les vigies vigilantes. Réac', raciste, xénophobe... Ici, l'étiquetage infamant est automatiquement généré par le
fait de s'interroger sur les conséquences du modèle multiculturel, et en guise d'analyse, on argue de manière pavlovienne que cette critique a forcément « des senteurs nauséabondes »,
n'est qu'une « provoc » de plus « en eaux troubles » même si elle pourrait néanmoins s'expliquer par « un contexte insulaire »... parce qu'il faut bien lui trouver
quelque excuse, au Moz. Celui-ci pourra d'ailleurs démentir les accusations autant qu'il veut et déclarer « Je déteste le racisme, l’oppression ou quelque forme de cruauté. Le racisme
dépasse l‘entendement et n’a pas la moindre place dans notre société », il est trop tard : le journal a tracé la ligne à ne pas franchir.
En elle-même, la musique est toujours-déjà un discours politique : l'acte de création doit nécessairement établir un rapport
entre conservation et subversion, et ce, quel que soit le projet de l'artiste. Mais ce dernier n'a pas toujours, hors son oeuvre, l'envie d'exprimer de façon explicite,
raisonnée, sa conception du monde, de la société. Ce site se donne pour objectif de permettre à des artistes de s'exposer autrement que par ce qu'il savent faire le mieux, de se fragiliser
volontairement un instant, le temps d'une confession, de l'ombre d'un doute, d'un verbe déployé, trébuchant et luttant, cherchant la lumière.
Le clivage gauche / droite a-t-il seulement un sens en musique ? Dans le cas contraire, comment considérer ce penchant manifeste
de la musique populaire à se réclamer de « la gauche » ? Existe-t-il une musique de droite et une musique de gauche ? L'artiste doit-il faire un choix entre
nationalisme et cosmopolitisme ? Le mondialisme est-il une forme de résignation à l'évolution démographique ? Selon quels termes peut-on envisager une
articulation sérieuse entre musique et politique ? L'idée de nation est-elle définitivement déshonorée parmi les rangs des artistes ? Vivons-nous la démocratisation de la culture ou
bien la déculturation de la démocratie ? Les musiciens (engagés ou pas, motivé-e-s ou pas) ont-ils les idées claires ? Ont-ils le sens du tragique ? Y aurait-il une geôle
dorée de la pensée officielle dans un monde supposé indépendant ? Le cas échéant, faire mine de s'en échapper ne serait-il pas un devoir pour l'artiste ? Comment mettre un
terme à cette longue salve de questions ?
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Au moment où je rédige ces lignes, les brèves du site LesInrocks.com m'apprennent que « Arcade Fire s'engage dans les primaires
US ».
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