#6 Uncitizen of Cordicopolis

Publié le par m_p

La chanson dite « engagée » a-t-elle un sens aujourd'hui ?
Il me semble que non, aujourd'hui pas plus qu'hier. La chanson "engagée" ne fait pas sens : dégoulinante dans le rap... pire encore dans le reggae, le fromage sartrien à la sauce musicale est sûrement parmi les plus puants (et pourtant sans saveur...) que l'industrie intellectuelle peut produire. Visualiser une photo d'une quelconque Keny Arkana enturbannée suffit pour moi à sceller tout jugement à ce sujet.

Croyez-vous en nos élites politiques ?

J'aimerais croire que nous avons des élites politiques, c'est certain... Quant à émettre un jugement sur le théâtre de gestion qui fait office de scène politique, je crois qu'un silence accablé et entendu vaut mieux que tous les lieux communs sur le sujet, aussi justifiés soient-ils. Paradoxalement, je dis cela parce qu'évidemment, en tant que groupe, nous "prenons position" sur tel ou tel sujet, nous produisons un discours qui est politique. Mais je suis convaincu, au fond, dans le sérieux, pour faire écho à la question du dessus, que ce silence-là, celui du désengagement, est la forme même d'un engagement bien pensé, et honnête avec lui-même. Nous ne nous faisons aucune illusion quant aux conséquences du discours en question, et nous ne prétendons aucunement, Dieu nous en garde, vouloir "transmettre un message", encore moins "faire bouger les choses", "évoluer les mentalités" et autres sucreries de baraques progressistes... Le désengagement est l'engagement par excellence contre le monde. "Soyez dans le monde sans être du monde". La présence sans l'adhésion... la "dialectique", oui, disjonctive ! évidemment ! maintenant que j'y pense ! proposée par le Christ, à la fois complexe et simplissime : voilà, à mon sens, le seul engagement souhaitable... le vrai défi pour ces choses-là.

Êtes-vous démocrate ?
Hum, non. J'avoue que la démocratie d'un Périclès (dont le tout premier demos est un propriétaire, flirtant tant avec l'aristocratie qu'avec une certaine tyrannie) peut avoir son charme et son confort, mais sinon, sans plus. Pour faire simple et rapide, je ne crois pas, ni aux droits (en tant que nouvelle religion) ni à l'égalité, des peuples, des chances, ou de tout ce que vous voudrez. L'égalité comme conquête individuelle, why not... comme convention collective décrétée... non merci. Mais cela nous mène à la question suivante.

Vous sentez-vous de gauche ou de droite ?
De droite précisément dans le sens contre-révolutionnaire d'un Joseph de Maistre, donc ni républicain, et encore moins libéral. Dans ce sens, qui réduit la scène politique française à un cerbère batard uniquement de gauche, du FN au PT : tous dans le champ républicain, socialiste ou libéral, voire les trois à la fois ! L'expression "anarchiste de droite", qui est plus un présupposé esthétique que politique pourrait mieux décrire ma position, même si elle tend déjà passer pour "commune". Catholique, anti-jacobin, ni nationaliste ni trop royaliste, voilà comment me définir, sans trop de dégâts...
Quant au positionnement des groupes, même les trolls réac' sur quelques forums douteux ne parviennent pas à les caricaturer mieux qu'ils ne le sont en réalité. Du sans-papiérisme du premier tocard de la chanson francaise venu à l'écologisme magique du presque déjà mort Aznavour, ça pue, ça pue la merde, et ça pue fort et de loin. Chacun peut les voir arriver de derrière les plateaux avec leurs gros sabots mielleux, guidés par les questions des journalistes complices, qu'on croirait, quant à eux, nés pour incarner le cligneur d'oeil de Nietzsche dans "Zarathoustra". Barthes avait déclaré la langue fasciste, surtout les questions, parce qu'elles forcent à dire, même dans le silence. Combien avait-il raison : nos médiatiques annoncent les réponses sous forme interrogative, et les artistes, avec l'air traqué du faiblard type Cali, de répéter le ou les discours officiels (ne jamais prendre trop aux sérieux les apparences de "pluralité" : boue sèche ou durcie, cela reste de la boue). Plus que jamais il faut faire taire les artistes pour qu'enfin, peut-être, ils se mettent à dire quelque chose. Qu'on fasse de même pour les défenseurs centraux à lunettes et les présentateurs de JT !
 
Que pensez-vous personnellement des propos de Fred Chichin ?
Simple bon sens, sans plus. C'est toujours agréable de voir la réalité exposée, mais on a quand même du mal à s'en satisfaire tant il y aurait à dire... On attend les autres... ça peut "susciter des vocations", comme ils disent. Le minimum syndical, en somme.

Vous est-il arrivé d'avoir des désaccords politiques significatifs avec d'autres musiciens ?
C'est à peu près systématique dès que l'on rencontre d'autres groupes : il y a en effet une paire de galaxies qui nous sépare des groupes que l'on est amenés à fréquenter, surtout dans le rap. Entre petits anars de centre-villes et autres anti-racistes des blocs... mais plus que l'invective, j'aime recevoir les regards outrés et incertains : à la fois "sont-ils sérieux ?" et "Merde, ils le sont !". En réalité, les gens avec qui l'on s'entend sont souvent bien islamisés : si un océan nous sépare, au moins, on est dans le même monde. Réactionnaire, religieux, viril, certain, franc... On préfère le conflit aux "jérémiades" (pas les originales, of course !), c'est le moins qu'on puisse dire.
Après, les désaccords sont souvent, peut-être malheureusement, atténués à cause du genre musical lui-même. Les musiciens sont tellement peu en désaccord entre eux, politiquement, tous sous la même chape de béton armé, qu'ils ne remarquent pas toujours la fracture. Du rap, c'est forcément cool. Engagé, social et durement cool. S'ils nous entendaient au lieu de nous écouter...

Quel regard portez-vous sur l'histoire de France ?
J'aime bien y choisir ce que j'aime. Alors ça fera hurler les souverainistes qui crieront au consumérisme historique, ou que sais-je, et qui sont eux sur une posture non moralisatrice, celle du pédagogue républicain en fait, pétri d'un réalisme qui n'est qu'un romantisme camoufflé (comme tout "bon" romantisme d'ailleurs...), du "Je prend tout, je n'jette rien". C'est assez moche, mais quand même moins dégueulasse que les postures actuelles, accusatrices ("le marxisme est l'idéologie de la faute des autres" comme le dit, peu ou prou, Gomez Dàvila...), forcément anachroniques, et beaucoup trop politiques pour être honnête. Tout ce mouvement de relecture, d'abolition de la critique, culte de la mémoire sélective, rappelle les conditions préparatoires à "l'emballement mimétique" girardien, il me semble. Pointer du doigt le passé pour mieux accuser dans le présent...
Sinon, j'aime me dire, et dire, qu'après Philippe le Bel, et le renversement complet de la "vraie laïcité" médiévale, c'est déjà un peu grillé... non ?! J'adore l'histoire de France parce qu'elle est intense. Beaux moments, beaux désastres, c'est complet : on y sent déjà, on y sent encore la civilisation, et surtout, la grande civilisation toujours déjà avortée. C'est passionnant, évidemment. Tout ou presque est contenu dans l'histoire de France... la grâce danse avec le nihilisme, la Vierge avec et contre Mama Gaïa....

Que signifie être français, pour vous ?
A vrai dire, pas grand chose. Je préfère l'avouer plutôt que de faire comme tant d'autres, c'est-à-dire de recréer des tissus imaginaires (qui n'ont même pas les charmes et la profondeur des récits mythiques...) et idéologiques (Diams, et Patrick Devedjian, quoi...) une "identité française" dont chaque intelligence sentira bien qu'elle n'a aucun rapport, si ce n'est analement parlant, avec l'ancienne, la passée... la réelle, traditionnelle, l'éternelle, que sais-je, "identité française". Je suis sûr de ne pas aimer un seul gramme de la "France du métissage", la France faussement américaine de Sarkozy, la Francitude qui bouge de Segolène, alors que j'en suis assurément le pur produit (au moins par le rap et myspace !). La France républicaine, la France-phare-du-Monde, la France verres-progressifs-du-Progrès me dégoûte. Remonter plus haut serait une posture plus malhonnête qu'esthétique. En bref je suis un locuteur français, et j'aime plus que tout cet langue, dont j'arrive un peu à percevoir les potentialités et tout ce qu'elle implique, dans l'histoire, dans les idées, dans l'art, etc. Soit je ne suis pas français, soit c'est précisément cela être français ! Réellement... question toujours ouverte pour moi...

Quelle place pour quel humanisme ?
Puisqu'ayant précédemment décrété qu'avec Philippe le Bel tout pourrissait déjà, il me serait ici difficile de défendre l'humanisme...même celui des bons convervateurs, le "vrai", le "haut", "l'originel", bien réformé, bien peint et tout. La place de l'humanisme serait idéalement dans une benne, mais dans la logique du monde, celui-ci règne, et règne en tant qu'"idéologie du salut" de l'homme par et pour l'homme en quelque sorte. Sans m'apesantir, je pense que l'humanisme, profondémment, à tout de l'hérésie messianique, l'idolâtrie en prime peut-être, et même qu'il les réalise toutes. Le "dieu de ce siècle" comme des précédents, à tout de ce fameux prince dont le nom est légion, travesti en homme, et qui en plus, aime ça !

Pensez-vous que l'art infléchisse l'histoire ?
Ah ! J'ai esquivé les questions qui m'auraient mené trop loin (trop ouvertes, celle sur l'avenir par exemple...) mais celle-ci je ne peux pas résister à lancer une petite réflexion qui semblera sûrement parfaitement absconse et creuse à certains (et cela sera peut-être bon signe !).
Oui, l'art infléchit l'histoire. La preuve n'est-elle pas qu'aujourd'hui, l'Histoire étant terminée, l'Art est partout ? A force de l'infléchir, l'art, l'immonde poésie par exemple, dont il est devenu interdit de dire du mal, règne partout. L'art a fait fléchir l'histoire, restant seul avec lui-même, vidé. D'où mon impression, si forte, de faire à chaque morceau, quelque chose de vain, et même, quelque part, carrément nul, sale (dans sa trop grande propreté...), d'affreusement banal... de l'art anti-artistique, au sens où je l'entend... le noeud oxymorique quoi !
Pour terminer, sortant de ce moi de Mai religieux au possible (je pense aux rituels sur Mai 68 dans tous les lycées du pays, pas de la Fête Dieu, évidemment) j'espère que l'équipe de France de football va bien rater son Euro, et nous épargner un peu de bourrage de crâne pour les vacances scolaires... Mais ils sont bons, les cons...



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Nebo 27/10/2008 18:17

Tout ça... ça se cherche.Cela étant dit, je préfère de loin ce genre de discours... aux faux mots des rebelles des cités qui pataugent dans du miel et du lait... le lait et le miel c'est collant et visqueux... et ça me donne des envies de lance-flamme. La cité Cordicole, quoi... Muray en a très bien parlé... et je suppute qu'ils ne se sont pas appelés "uncitizen of cordicopolis" pour rien.Bon... musicalement, je suis pas fan. Y'a quelques samples pas mal. Mais c'est très bien que ça existe...  mais à mon avis, avec leur discours, ils ne vont pas percer. J'imagine mal les fans de hip hop accueillir les interrogations de Joseh de Maîstre ou de Heidegger sans moufter.  Bon... bonne continuation néanmoins.Bien à Vous...@)>-->--->---P.S. : Vous avez vu combien la moindre originalité, la moindre attitude sortant du lot, la moindre position digne d'être prise en considération attire  la foudre de tout le monde... de Gôche à Drouâte. Faut juste laisser couler. Tous les nains n'ont pas la moindre importance... Zidentitaires ou Racailleux. 

Skad 14/10/2008 01:45

hahaha!J'avais lu cette interview il ya 1 ou 2 mois et elle m'avait faite vomir.Je ne l'ai pas relue aujourd'hui mais... voyant que uncitizentruc citait Fred Chichin comme un grand penseur, aujourd'hui je n'ai plus de doute! Tout ceci est une grosse blague, orchestrée par des gens bien à gauche qui se sont dit "tiens, si on se faisait passer pour des fachos, ça ferait quoi ? On se la joue Dieudonné ? allez! c'parti!"Bien joué les gars, et ça me rassure de ne pas être tombée dans le panneau (ça me rassure pour vous hein... mon égo n'a que faire de tomber dans des panneaux).Je trouve par ailleurs le "commentaire n°7" très drôle. Dans la continuité, tout simplement...A+!and keep smiling!

m_p 01/11/2008 15:44


Skad : bravo pour votre admirable capacité à voir que "uncitizentruc citait Fred Chichin comme un grand penseur" sans avoir relu l'interview... non, vraiment, c'est assez fort.
http://www.legraindesable.com/html/rita-mitsouko.htm



sakana 30/09/2008 13:25

Et oui Lena a 1000 fois raison, c'est devenu super fashion d'etre facho (AL)...Le vote décomplexé, le pragmatisme, tout ça, c'est super tendance, aussi. Tu défends les sans-papiers? Tu es politiquement correct et horriblement démodé, voyons! La musique pédante, verbeuse, mais surtout très ennuyeuse de ce groupe avec un nom a coucher dehors m'a mis la puce a l'oreille: mais d'où sortent-ils pour être aussi mauvais? ''Catholique et royaliste'' c'est bon, ils sont grillés les petits bourges..Allez continuez à parler de vos crottes de nez dans vos chansons moi je retourne écouter Casey.

Bino le Hito 07/09/2008 21:22

J'apporte mon soutien à ces deux "artistes".Ce petit interview - ainsi que les réponses aux diverses réactions positives ou négatives visibles ici - nous montre bien qu'il n'y a pas tellement de décalage entre les paroles des morceaux et leurs auteurs. Ça c'est bien. Y a trop de groupes - quelque soit le genre - qui grognent beaucoup sur scène mais qui disent l'inverse au pied de la tribune.Je suis bien fan des paroles, un peu moins de certains sons, parfois trop saccadés, voire décalés.Bonne continuation !ps : profitez donc du tribunal anti-jsépôkoiméjcritikpcqckrétien- qui se construit petit à petit dans cette liste de commentaires pour bien crier vos orientations idéologiques. Quand on a pas les "tribunes" pour les clamer, y restent les tribun-aux :)

1400 points de suture 21/08/2008 16:34

beuarkh!
la rébellion avec une esthétique un peu loose, catholique, ça fait de la musique laide ennuyeuse et sans saveur.
À Metz, il y a tout un tas de groupes vachement moins emmerdants. AH KRAKEN, FUNK POLICE, Discipline for Youth, the Anals...
C'est beaucoup moins verbieux, beaucoup moins casse-couilles, et ça remue vraiment les viscères.